Speak in Thunder
Speak in Thunder a été composé au printemps et à l’été 2026, en commande du New Music Lab pour le quatuor de saxophones Quasar et un ensemble de cordes. L’œuvre est née d’un poème que j’ai écrit à la fin de 2025, dans lequel un orage des prairies devient à la fois un phénomène physique et un rituel de mémoire : le vent traverse les herbes sèches, la pluie libère la poussière de la terre, et le tonnerre révèle la fragilité que partagent tous les êtres vivants. Dans le poème, le tonnerre finit par dépasser sa nature élémentaire. Il devient la voix remémorée d’un être disparu : écrasante, consolante, et brièvement présente à nouveau.
La composition s’inspire librement du concerto grosso baroque. Le quatuor de saxophones y joue le rôle d’un concertino contemporain, placé au sein — et parfois en opposition — du corps plus vaste des cordes (ripieno). Cette distinction est volontairement fluide. Par moments, les saxophones émergent comme des voix individuelles ; à d’autres, ils se fondent en un seul souffle ou se laissent absorber par les sonorités environnantes des cordes. Les deux groupes se transforment mutuellement plutôt que de conserver des rôles fixes.
L’œuvre est avant tout guidée par la texture. De petites cellules motiviques se déploient progressivement à travers des couches superposées de sons tenus, des inflexions mélodiques étroites, des glissandi, des pulsations répétées, des gonflements dynamiques et une activité instrumentale croissante. Plutôt que de représenter littéralement un orage, la musique suit son cycle quasi rituel : anticipation, montée de la pression, rupture, dissipation et renouveau. La partition s’ouvre Lacrimoso, avec des lignes fragiles suspendues au‑dessus d’une résonance sombre. À mesure que les matériaux se multiplient, l’atmosphère musicale se charge de tension. Après des périodes d’intensité rythmique et texturale concentrée, la musique revient sous des formes altérées et de plus en plus vulnérables, s’effaçant finalement vers le silence.
Dédié à mon frère, Speak in Thunder explore la manière dont le deuil partagé transforme l’atmosphère du vivant. L’orage devient une analogie de la perte : une force qui fracture le monde ordinaire, le laisse transformé, et porte pourtant en elle la possibilité d’un air renouvelé. L’œuvre ne cherche pas tant une résolution qu’un moment de « paix fracassante » où une voix absente pourrait se faire entendre à nouveau, au cœur du tonnerre.