Wei Fanghua, seule, au Parc des Paysages Assemblés
Compositeur: Nicolas Gilbert
pour quatuor de saxophones et voix de soprano

J’ai écrit cette pièce avant mon premier séjour en Chine. À l’époque où je ne voyais le pays de mes rêves que les yeux fermés. Cette image de la Chine, peuplée de princesses et de beaux grands drapeaux rouges, je ne l’ai jamais vraiment retrouvée. Mais il en reste sans doute quelque chose dans ma Chine d’aujourd’hui, la vraie, peut-être. Je me souviens d’un jeune peintre que j’ai rencontré là-bas. Il vivait dans une minuscule pièce de béton où s’entassaient toiles abandonnées, brocantes en tous genres destinées à faire partie d’une éventuelle sculpture, et une quantité étonnante de petites figurines d’argile. Il m’a un jour confié que son plus grand rêve n’était pas de s’enfuir au Canada, comme plusieurs, mais de devenir le plus habile dresseur d’oiseaux de la Chine. Lorsque je lui ai demandé pourquoi un si curieux rêve, il m’a répondu en ces termes : « Je veux apprendre aux pinsons de la Colline Parfumée à chanter la Turangalila-Symphonie de Messiean. Messiaen a d’abord conçu cette œuvre pour qu’elle soit interprétée par des oiseaux, ce n’est que par dépit qu’il en a fait une œuvre orchestrale. Ça s’entend. » Moi, je crois qu’il y arrivera. Il est très près des oiseaux et les oiseaux, très près de lui. Il y a encore du rêve en Chine. Certains disent qu’il s’y trouve certaines choses qu’un regard lucide ne peut supporter. Or, je suis tout sauf lucide, tout le monde me le dit, mais il m’arrive parfois de baisser le regard.

Wei Fanghua a été créé par Quasar et la soprano Émilie Laforest, le 25 janvier 2002, dans le cadre du concert L'infini présent présenté au Studio du Musée Juste pour rire, à Montréal.