Le chant de l'inaudible (2001)
Compositeur: Jean-François Laporte
pour quatuor de saxophones

Le chant de l'inaudible est né des suites d’une recherche intensives sur l’émission de sons multiphoniques au saxophone. Après en avoir enregistré environ 550, j’ai été amené à orienter mes recherches du coté des possibilités dans les nuances extrêmement douces.

Dans cette musique minimale ouvragée de phénomènes acoustiques (frottements, scintillement harmoniques, battements, etc.), le discours musical est celui du timbre en lent mouvement continu dont le rythme n’est pas au premier plan. Cette musique de couleur a pour motif l’évolution d’un flux très doux de souffle et de fréquences horizontales s’enroulant et se déroulant les unes aux autres. Pur déploiement d’une nappe de sons continu, la forme de l’oeuvre est celle de l’écoulement progressif, de la superposition, puis de l’évaporation silencieuse. Avec cette oeuvre j’avais envie de présenter le quatuor de saxophone sous un autre jour.

Le titre fait surtout référence à la notion de ténuité sonore et au caractère silencieux de l’oeuvre ainsi qu’à l’idée d’un chant ressortant de cette masse sonore à peine audible. Dans cet univers sonore, l’oreille doit s’éveiller afin de saisir les subtilités timbrales qui y sont orchestrées. Un souffle à peine audible prend forme et se multiplie puis progressivement, au rythme des nappes de souffle colorées s’entremêlant et s’enchaînant, de véritable hauteurs sonores commencent a résonner dans la masse soufflée. L’on se retrouve petit à petit dans un univers acoustique rempli de scintillements harmoniques et de battements résultant de la rencontre des différentes hauteurs produites par les quatre saxophones.

Dans l'interprétation de ce type de musique, l’écoute est un sens fondamental : le musicien doit être constamment attentif au son qu’il génère afin de le conduire vers les qualités timbrales recherchées. Cette démarche permet d’intégrer dans le discours musical certaines sonorités qualifiées d’impuretés (sifflements, parasites d’embouchures, salive, etc.).

Cette oeuvre est dédiée aux membres du quatuor de saxophone Quasar afin de leur témoigner ma reconnaissance pour leur dévouement exemplaire. Sans cette implication, le Chant de l’inaudible n’aurait jamais vu le jour sous cette forme. L’oeuvre a reçu l’appui financier du Conseil des arts du Canada.

Jean-François Laporte